BABEL
Quand, babillant des rythmes inconnus à la pluie et au vent,
Commencera l’apprentissage des cinq paroles des mondes intérieurs.
Toujours aussi ignorant, il faudra connaître chaque chose et chaque pensée,
Toute sensation éprouvée
Au moins une fois par deux hommes,
Qui en ont fait un mot afin d’en parler, souvent.
Quand sera terminée l’étude des langues, je tomberai dans l’hébétude.
Pour les connaître toutes, je n’en reconnaîtrai aucune.
Se dévoilera alors la misère des anciens,
Car dans un entendement, par-delà les époques, existe
Une sensibilité qui distinguera chaque évanescence,
Qui noiera la parole.
On ne retiendra que le mutisme et la solitude,
La peur du tigre et la joie des mariés,
Du repos à l’éveil.
Que les nuages rabaissent la confusion du ciel aux vallées,
Des montagnes à la mer, du père à l’enfant.
Marchant ainsi en Terre de Sienne
A travers ces collines qui accueillirent des océans,
Parmi les chapeaux éparpillés,
Je m’assiérai sur la dernière marche de la tour inachevée
A converser avec les nuages en attendant un ami à qui parler.