NB pour les non-sinisants : les quatre objets précieux du lettré sont le papier, le pinceau, le bâton à encre et la pierre à encre dans laquelle il est délayé
Hou Tseu s’adonnait à la calligraphie lorsque Tch’ing Tseu entra. Ce dernier s’assit à l’écart du maître et l’observa. Hou Tseu dans un équilibre d’énergie et de mouvement faisait aller le pinceau. Il descendait du haut de la page sans que Tch’ing Tseu puisse discerner discontinuité dans sa progression sautillante. La pointe du pinceau suivait le lit du ruisseau qui dévale la montagne. De même que l’eau qui le parcourt, l’encre s’avançait sur le papier. En une chute immobile et courante, les caractères apparaissaient. Leur forme semblait dictée par un relief secret de la feuille à laquelle ils se conformaient. Hou Tseu écrivait, sa calligraphie fut inspirée de plusieurs styles. Hou Tseu les utilisa tous. L’élève ne pouvait discerner à partir de quel caractère le maître passait d’un style à l’autre. Il se transmuait en le suivant par de lentes métamorphoses. Hou Tseu acheva et reposa le pinceau à côté de la pierre à encre, laquelle contenait encore le sang noir du bâton.
Tch’ing Tseu dit : « Vous créez à nouveau les Dix Mille Etres. Dîtes-moi ce qu’est le Tao et comment vous le percevez ? »
« - Je le perçois comme l’eau. Des quatre objets précieux n’apparaît pas le nom de l’eau. Elle précède tout écrit, elle est au centre du premier geste du calligraphe. L’eau est l’Esprit de la Vallée, elle coule à travers tous les caractères. Elle les met en contact avec ce qui leur donne forme. Voici comment je perçois le Tao. Quant à ce qu’il est, il est l’encre qui me restait. Il s’est évaporé alors que nous en parlions. »