Melting Pot 1/2


Carte Postale n°19 dédiée aux 24 heures Sans Nous

Le IIIe arrondissement de Paris est un quartier très homogène, très XVIIe siècle et très bourgeois. Les premiers habitants de ce riche quartier du centre sont les vieux qui se perdent parmi les Orthodoxes Loubavitch. La dévotion de ces derniers est cependant bien pâlichonne face à celle des homosexuels bronzés qui glorifient le dieu Phallus. Tout ce petit monde disparaît tous les weekends, englouti par la masse bariolée des touristes.
La pharmacie, la boucherie, et le fromager viennent de fermer. Les magasins sont devenus des échoppes d’artistes : rôtisserie de baskets, laboratoire pour presse papier, porte-plume et pot à crayon. De simples fournitures me direz-vous, non, de l’Art de Bureau® à côté duquel L’Occitane® et Camper® font figure de supermarchés. Le prix de base pour un T-shirt déchiré est maintenant fixé à 130 €.
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Lorsque j’ai déménagé pour le XIe arrondissement, ce fut une évolution vers la biodiversité sociale. Cet arrondissement est le plus dense de la capitale ; de la terrasse des cafés, on observe les fourmis parisiennes entrer et sortir en continu des bouches de métro. Dans ma rue, il y a une boucherie casher ainsi qu’un restaurant de sushi, casher. Jusque là rien de nouveau. Mais l’épicerie du coin est tenue par un Chinois, ainsi que la petite agence de voyage mitoyenne Melting Pot qui propose toujours d’alléchants vols à bas prix pour le Cambodge, la Malaisie, le Laos, là-bas.
La boulangerie est tenue par un Algérien. Sa femme, toujours coiffée du hidjab, estime que son époux parle fort. Comme je rejoins son point de vue, je lui conseille d’aller consulter un ORL (¡¡ OTO-RHINO-LARYNGOLOGUE !!). Lorsque j’y suis retourné un mois plus tard, il parlait d’une voix mesurée. Il m’a fait crédit d’un pain au chocolat parce que je n’avais pas de monnaie. C’est la première fois que cela m’arrivait, sans compter la fois où une caissière de supermarché m’avait fait cadeau de 2 centimes sur des courses valant plus de 100 €. C’était dans le Sud de la France, la brave jeune femme ne connaissait pas Paris.
La boulangerie a fermé depuis. Certaines mauvaises langues diront que c’était parce qu’elle était hallal. Depuis, un restaurant de sandwichs grecs s’est ouvert, il est aussi hallal mais les affaires vont mieux. Conclusion, les bonnes ou les mauvaises affaires ne sont pas le résultat de la religion mais plutôt d’une sérieuse étude de marché.
A midi, le Grain de Riz, petite échoppe vietnamienne tenue par Madame Chi, propose un bo bun à 5 €, nettement meilleur et moins cher que le Maxi Big Mac Deluxe®. Au supermarché, il y a tout un rayon de produits hallal et les ingrédients pour cuisiner mexicain ou marocain. C’est bon un tajine.
Athmen, dealer, est comme 99,5% des Français, il regarde la télévision et, comme 99,5% des Français, il aurait voté Obama, s’il avait été américain. Il s'enthousiasme car le gouvernement vient de légaliser le cannabis à usage thérapeutique dans treize états, le marché est en plein boom et cela présente de belles opportunités. Athmen se demande s’il ne devrait pas ouvrir son business là-bas, en Californie, où 200 000 personnes fument en payant la TVA. En attendant, il étudie l'anglais des affaires.
Comme dans le reste du monde, le nouveau président américain est devenu une icône dans le XIe, son nom sert de mot de passe pour la connexion internet à L’Armagnac, le wistro de quartier, et rue de Charonne, la communauté africaine utilise « ieswican ! » comme laissez-passer au Foyer des jeunes travailleurs.