Jour J, Départ de Paris
En transit dans une chambre de bonne du 16ème, je jouis d’à peine plus de la surface habitable moyenne d’un Japonais. Réveil. Passage par les toilettes, à la turc, et la position archaïque de nos ancêtres. Aucune différence avec un chinois en train de déféquer ou d’attendre, les fesses sur les talons.
Passage en RER devant le Trocadéro, majestueux et fasciste, comme toujours. J’observe une dernière fois les activités des franciliens dans le métro pour comparer avec les pékinoïdes. On a : un joueur de console portative écran couleur, mémoire RAM flash de 20 Mo, résolution HD 470x580, des étudiants des Beaux Arts qui discutent chirurgie cardio-vasculaire, une liseuse de Zola, une mère et sa jeune fille polonaise qui parlent recettes de cuisine, des américains qui borborygment joyeusement, un surfeur des neiges amoureux d’une moussaillone et des chinois (déjà eux) qui se racontent mille et une petites anecdotes sur la vie privée des autres, en France on a appelé cela le commérage, en Chine, c’est une culture. Plus un octogénaire avec une écharpe violette et un rastafaraï.
Les trains de banlieues s’appellent ICAR ou KROL. Les pubs présentent Milène Farmer dénudée, habitude qu’elle a prise dans les années 80, son corps n’ayant pas pris une ride depuis, ainsi qu’une autre pub pour du whiskey ou du whisky. Les haut-parleurs vous informent en français, anglais, espagnol et arabe (nouveau ! entendu à
Aéroport de Roissy
Mon batifolage parmi les palmiers en plastique dans le hall des départs est repéré par un parachutiste en tenue commando qui transmet l’information à son supérieur de
Passage par l’enregistrement, puis à la cafétéria, puis au distributeur automatique de fric. Je mise 400 € en monnaie scripturale, la banque me rend 400 € en monnaie en billet chamarrés.
Rien ne va plus.
Il faut s’arrêter devant le bureau de Mr. Emotion, c’est-à-dire le brave gars qui a le métier de plus fort coefficient émotionnel au monde. Il filtre les accompagnateurs des passagers, son pupitre se situe dans la salle des adieux perdus, encore appelée la « International French Kissing Zone ». Il observe la joie du départ et les pleurs des longues séparations. Sa vie professionnelle se situe entre les passions terrestres et la torpeur céleste en classe économique. Il voit tout, il entend tout, il comprend tout. Car ce ne sont pas les plus démonstratifs qui sont toujours les plus émouvants : comme ce couple mal assuré qui part en se tenant la main adopter un orphelin au Tibet, ou encore cette petite fille aidée d’une béquille qui rentre au Maroc après une greffe de moelle osseuse réussie.
Clément, 30 000 pieds au dessus de