Carte Postale n°5 (version téléchargeable recommandée)

(Jour 27, L’UdeM)

Des services à l’Université de Montréal

A la bibliothèque de l’UdeM, le service est assuré par les étudiants chercheurs. Moralité : ils trouvent ce qu’il vous faut et connaissent bien l’université puisque cela fait 8 ans qu’ils y vivent.
En parcourant Forum, l’un des journaux internes de l’université, je suis tombé sur l’article de Julie avec qui j’ai dîné l’autre soir. Elle est étudiante en journalisme et là-bas les étudiants de cette section ont obligation d’écrire pour les hebdomadaires endémiques. Les titres du numéro que j’ai entre les mains sont : les schizophrènes éprouvent de graves problèmes de tabagisme, les immigrants s’appauvrissent, Marcel Fournier publie une biographie d’Emile Durkheim, les implications du système carcéral sur les mineurs. Forum est clairement loin d’être une fanzine. Elle est de plus « conforme à la nouvelle orthographe recommandée », ici, pas d’Académie française, seulement des lois et des recommandations.
Au centre sportif, vous pouvez avoir votre entraîneur personnel, qui sera sûrement un étudiant en kynésiologie, ou alors un étudiant de physiothérapie. Si l’on se fait une foulure, les étudiants de la Clinique du Sport attenante vous soigne gratuitement.
Les étudiants en art font les illustrations pour les publicités de l’UdeM dans le métro ou encore pour les posters du Bureau des Elèves.
Depuis l’ouverture d’un département de criminologie, les problèmes de délinquances et de dégradation des locaux ont disparus sur le campus.
Les étudiants en informatique s’occupent de la maintenance du parc d’ordinateurs. Les étudiants pauvres font le ménage des dortoirs. Et si vous avez un petit creux vous pouvez aller le midi vous acheter une part des travaux pratiques des étudiants de l’école de Gastronomie.
A l’Université de Montréal, il y a des profs, aussi. Mais ils seront l’objet d’une autre carte postale.


De l’organisation en milieu universitaire privatisé sous contrôle fédérale

Au Centre d’Education Physique et Sportive de l’Université de Montréal (CEPSUM), les sèche-cheveux sont numérotés, j’ai utilisé le PH-C112 qui est situé en face du jacuzzi et du spa pour hommes.

Votre carte d’étudiant sert à tout :
• à emprunter des livres à la bibliothèque
• à entrer au CEPSUM
• à faire des photocopies
• à utiliser l’un des 200 ordinateurs à votre disposition
• à emprunter un ordinateur portable si vous avez des insomnies
• à imprimer vos documents (recto-verso obligatoire pour économiser le papier)
• à payer vos cafés (Corsé de Colombie, Velouté du Pérou, Robusta du Guinée-Bissao, tous issus du commerce équitable)

• à acheter vos polycopiés imprimés et reliés, à la librairie, présentés au rayon fournitures scolaires comme n’importe quel cahier à la différence que le prix inclue aussi les droits d’auteurs des textes reproduits,
• à prendre des places de cinéma au ciné-club (une des initiatives des étudiants qui proposent une sélection en fonction des saisons :
- automne : documentaires
- hiver : drames psychologiques
- printemps : comédies et sélection de films étrangers)
Lors de l’une des 6 séances hebdomadaires, le ciné-club vous présente des films seulement trois mois après leur sortie. Les publicités qui ouvrent la séance ne vous vendent rien. Pas de petits objets qui croupiraient sur vos étagères, au creux de votre oreille ou autour votre cou parfumé. Les annonces ne donnent que la programmation de la salle dans les semaines à venir ainsi que les différentes aides dont l’étudiant peut bénéficier sur le campus :
• aide au logement
• aide à l’accès au soins
• aide de conseil dans vos études et votre carrière
• centre d’emploi spécialisé dans le job étudiant
• soutien psychologique d’écoute
• conférences thématiques organisées par les étudiants.


L’Ecole Polytechnique de Montréal

C’est un bâtiment d’acier et de verre futuristes, chaque étage a une tonalité de couleur :
1er étage, le rouge
2ème étage, le bleu
3ème étage, le vert
4ème , le vert clair
parcouru par des escalators style aéroport Roissy Charles-De-Gaulle en période des fêtes.
Toute les salles de cours sont vitrées, le professeur s’adresse aussi bien aux étudiants dans la salle qu’aux passants dans le couloir. On est tenté par le silence environnant d’écouter la voix feutrée d’outre-vitre vous expliquer les nouveaux principes d’organisation décentralisée des mémoires caches ou les nouvelles propriétés des supraconducteurs.
Avant de terminer votre envolée jusqu’à la cafétéria avec vue sur Montréal, vous remarquez que les couloirs sont garnis de tables et de chaises monochromes assorties aux murs. Vous ne les aviez pas remarqué jusqu’à présent, mais les étudiants travaillent dans le couloir, certains discutent, d’autres mangent, d’autres finissent leurs équations, certains révisent des schémas ardus issus d’un raffinement de la Science aux Dix Mille Bras.
Tout ce monde vit, boit, se cultive, en mangeant des muffins sous le patio accueillant du « pavillon vert » :
« – Pourquoi être si réducteur ? Votre pavillon ne possède pas moins de quatre couleurs du spectre que nous offre le Soleil ?
– Nous disons “vert” parce que le bâtiment est conçu en intégrant les processus d’autosuffisance en eau et en énergie. C’est un bâtiment écologique, » me dit l’étudiant algérien tirant sur sa cigarette au milieu d’un vent glacial pendant la pause de son cours de physique nucléaire.

Clément
Montréal, 1h10 du matin, Brandy, la Labrador-Rotweiller, ronflant à mes côtés