Carte Postale n°1


(Jour 2, 24 heures de temps)


Julie, 19 ans, qui me loge frappe à ma porte, entre pleine d'énergie, pour me hurler que je voulais me lever à 9h or il est ... 8h45. Puis s'en va travailler. Je ne comprend pas très bien.

Je sors vêtu (ou plutôt équipé) par mes logeurs qui me prêtent des vêtements ... en plus d'une chambre. Pluie.

Pas de plaque minéralogique à l'avant des voitures. Mais à l'arrière, en-dessous des chiffres on lit "Je me souviens" en leit motiv. La première fois c'est un choc, après on comprend.

Pour raccourcir les distances, le piéton ... court. Vus plusieurs coureurs pendant la journée : ils sont habillés normalement mais pour aller plus vite, ils courent. C'est compréhensible.

Au Québec, on utilise encore des sous ... et des dollars. Mon adaptateur secteur a coûté par exemple 1 dollar et 35 sous (pour faire 35 sous vous ajoutez une pièce avec un orignal et une avec un castor).

Déjeuner dans un bar à sushi qui diffuse de la musique baroque. Une première table parle en anglais, la seconde parle en français, la patronne ne parle ni l'un ni l'autre.

Réunion d'information pour les étudiants internationaux. Là-bas, le Bureau des Elèves s'occupe de vous fournir .... un complémentaire santé pour les frais dentaires. Pendant la réunion, on vous parle permis de travail ... et choc culturel, comment trouver un job tout en réussissant ses études et, sans vous en rendre compte, les employés on prit vos documents pour remplir votre dossier pendant le temps de la conférence. Vous comprenez ?

Au supermarché, petite hésitation : dois-je acheter 50g de beurre persillé à l'ail ou 500g de beurre doux ... il n'y a pas de taille moyenne.
4 oeufs ou 24 ?
21,3cL de jus d'orange décaféiné ou 3,64L surpulpé ?

Je dîne avec Julie, qui selon les critères français, serait à la traîne : elle a 19ans, elle travaille dans un cabinet d'avocat mais n'étudie pas, regarde "Les Simpsons" et est maqué avec un blanc bec habillé comme Stomy Bugsy qui crache par terre toute les minutes et veut s'engager dans l'armée pour faire un peu d'argent. Elle me dit que c'est bête de ne pas avoir plus d'amis noirs et arabes, que son père est son modèle et que d'ailleurs elle vote, comme lui, conservateur.

Je pars à une soirée, invité par Fabrizio rencontré ... dans le couloir, avec qui j'avais discuté ... 1 minute en attendant mon tour. Un peu étonné, mais on commence à comprendre.

Il habite rue Dante, pas facile à trouver. Je suis aiguillé par un rappeur percé et tatoué, qui blague tout le chemin dans des rues sombres, en prenant soin que nous respections les feux aux passages pour piétons. On check et je suis sur ma route.

Appartement rempli de joyeux festifs, on enlève ses bottes à l'entrée, tout ce monde qui ne vous connaît pas est ravi de vous voir. Une femme raconte que le Red Bull cela fait trembler les mains ... surtout pendant la grossesse. Un colocataire se transforme en homme orchestre avec, guitare, harmonica et percussion.

Dernier métro, je rencontre sur le chemin du retour mes collocs qui veulent m'entraîner aux "Foufounes électriques", mais plus de métro, on se rabat vers le trou à rat "Le Fameux Maz". Autant aller avec eux, ils ont la clé de la porte d'entrée, je n'aurais pas à passer par la porte de derrière, toujours ouverte.

Sur la route, la police s'arrête car l'un d'eux à une bouteille de bière ouverte. Il font tourner le gyrophare, nous sourient en nous faisant un petit signe, arrêtent la voiture, sortent, demandent nos papiers, et pendant que l'un vérifie que l'on a pas de casier judiciaire sur son terminal embarqué (voire que je ne suis pas recherché par Interpol), avec celle restée dehors, on .... discute. Je me suis même demandé si dans le pays on ne serrait pas la main à ceux qui vous interpellaient.

"Le fameux Maz" (que la policière connaissait) est un trou à rat : la patronne a le raffinement d'une ancienne pute qui a su se retirer du métier à temps ; la serveuse est une fausse belle qui cache sa bedaine par une banane autour de la taille mais arbore un haut moulant blanc extrêmement sexy qui laisse un dos nu qu'escalade sur le côté un dragon ; une fille à plus de biceps que nous trois réunis ; un jeune anglais qui avait un visage véritablement BCBG et un sourire vraiment gentil quand je l'avais croisé dehors n'a, à part la tête, pas un centimètre carré de peau non tatouée quand je le recroise en bras de chemise. Plus quelques personnages, clichés de films américains, qui pourrissent au bar, au milieu de tout cela quelques jeunes de 16 ans proprets.

Je sors fumer une cigarette, au retour, plus de sac ! Selon mon habitude, je ne laisse rien de vital dans un sac derrière moi, mais tout de même. Je demande, personne ne sait rien, on a rien vu, finalement un type me dit qu'il l'a mis derrière le bar. On me le tend, c'est comme ça, il n'y a rien à comprendre.

En sortant, la lie de Montréal, fin saoule, se retrouve sur le pavé, les Irlandais, les Américains, les Canadiens anglophones, les Québécois francophones, personne ne comprend plus l'accent de l'autre. La tension monte. Et tout le monde se dit bonsoir, se congratule et se salue en demandant la paix. Peace. Vous avez compris ?

Clément
Montréal, 4h46 du matin heure locale