Huit joyaux de courts-métrages

Festival Silhouette aux Buttes-Chaumont, soirée du lundi 3 septembre

LE HALL de Gary Pierre-Victor
L’antimatière existe, voici de l’anti-docu TF1. Vingt-quatre minutes de hall d’immeuble de banlieue où il fait bon vivre, genre café du commerce sans le bar. Clichés létalisés par de « la racaille » qui a de l’autodérision. Un morceau de vie simple dont les bouchers du vingt-heure ne veulent pas.

NIJUMAN NO BOREI de Jean-Gabriel Périot
Sublime beauté éclatée de la ville atomisée. Pulvérisation des angles de vue du Musée du Mémorial dans un diaporama nippon, toupie de pixels centrée sur le dôme en verre de la fin du monde. Valse Geiger s’enroulant sur le point d’impact.

MI-TEMPS de Julien Poupard
Handball_ n.m. jeu de ballon ; Etym. emprunté à l’allemand, littéralement « main dans ta gueule si tu n’es pas épris des valeurs sportives de Coubertin ». Petit conte morale, morale début de siècle, pour une fiction embarquée qui fait tourner la caméra comme on se passe la balle jusque dans les cages, les cages de but.

ET ALORS de Christophe Le Masne
“Commedia dell’arte” - Comédie de l’art, l’expression se francise à l’occasion de ce court métrage de trois personnages en quête d’Arlequin. Colombine chamarée, docteur en scène mystique et acteur dépressif se plongent dans une gaudriole de comptoir finale. La campagne décapite Nathalie Sarraute et les pédants.

RAYMOND de Bif
Petit règlement compte onirique contant la machinerie humaine chimiquement orchestrée. Psychosadologie de la société ordinaire, quand la souris est l’homme avec un entonnoir à neurotransmetteurs vissé sur la tête. Un docu-animation sur les expériences menées sur l’homme qui voulait nager hors du bocal.

BOURREAU de Frédérick Vin
Ce film rappelle la chanson de Brassens Sale Petit Bonhomme dans laquelle on ne sait qui de la métaphore ou de l’incarnation doit prendre le dessus. Ici, rencontre avec l’Arbitraire : taulard reconverti dans le meurtre et le maquillage de meurtre ou incarnation de la fin programmée de toute vie. Ou longue dégénérescence sous l’effet du conformisme quotidien.
« - Bonjour ! Je m’appelle Jean-Jacques. »
Grande performance d’acteur, caméléon de la banalité muette.

MIC JEAN-LOUIS de Kathy Sebbah
Jésus habite en France, dans le Gers, il ne se souvient plus très bien de son âge mais il est le prophète en mobylette. Son entrée dans la Jérusalem du terroir sent l’huile de moteur. Juché sur l’âne pétaradant du XXe s., il parcourt cette fable évangélique d’un gars du pays.

LE MOMENT de Thomas Forwood
Eclairage français moderne sur des Vestiges du Jour, il faudrait le revoir ainsi que les centaines d’autres films sur la société victorienne, mais aussi relire tous les Brontë, et Jane Eyre sous trithérapie. Scènes mesurées montrant une grande maîtrise du pathos, mais avec le tact du copiste de génie qui ne force aucun trait de ce drame psychologique aussi apaisant qu’un ultime Dimanche à la Campagne.